Les semeurs d’or

 

J’ai regardé dernièrement  la liste de «Top 500 Artistes» qui recense les meilleures performances en salle de ventes pour l’année 2013. Si cela n’explique pas tout, c’est tout de même un indice fort d’un segment très important du marché de l’art.

A la tête de la liste il y a une fois de plus Jean-Michel Basquiat (1960-1988), avec un montant total de 162 555 511 euros pour 82 lots vendus, sa vente la plus élevée étant à 33 508 050 euros. La dernière référence dans la liste, soit le numéro 500, correspond à l’artiste chinois Tang Zhigang (1959), avec 180 540 euros pour une œuvre négociée.

Tang Zhigang

Tang Zhigang

En ce qui a trait aux artistes canadiens, on trouve à la 122e position Jeff Wall (1946), avec 1 161 828 euros pour 8 œuvres; Jack Goldstein (1945-2003), en 141e place avec 901 196 euros pour 7 œuvres. Le numéro 352, Rodney Graham (1949), a quant à lui totalisé 12 transactions pour 298 958 euros.  Et le dernier artiste canadien mentionné est le numéro 495, Edward Burtynsky (1955), qui a obtenu 182 375 euros pour 16 lots.

Concernant les artistes de l’Amérique latine, le territoire étant très étendu, ils sont nombreux au classement : Oscar Murillo (1986), avec une performance de 4 800 000 $US pour 24 œuvres;  la Brésilienne Beatriz Milhazes (1960) a eu 3 168 299 euros pour 7 œuvres ; le Brésilien Vik Muniz (1961), avec 1 969 273 Euros pour 77 lots ; Tomas Sanchez, de Cuba, (1948), ayant reçu 1 566 522 euros ; le mexicain Gabriel Orozco (1962) avec 1 476 648 euros ; le Cubain Félix Gonzalez-Torres (1957-1996) avec 1 001 137 euros ; Pablo Atchugarry (1954) de l’Uruguay, avec 618 926 euros pour 14 lots et finalement l’Argentin Horacio Cordero (1945), avec 320 312 euros pour 7 lots.

Béatrice Milhazes, vue de l'exposition, Fondation Beyeler

Beatriz  Milhazes, vue de l’exposition, Fondation Beyeler

Il y a quelque temps déjà, une spécialiste de Christie’s New York portait à mon attention l’œuvre du jeune artiste américain Wade Guyton, (1972). J’ai pris un certain moment à l’apprivoiser, le processus de création de Guyton étant assez particulier. Ses œuvres se présentent comme des peintures dans le sens traditionnel de la discipline, cependant, elles bouleversent totalement les codes par les dynamiques de création.

Les œuvres sont produites à l’aide de très grandes imprimantes jet d’encre dans lesquelles l’artiste fait passer de nombreuses fois la toile pour imprimer sur elle des motifs et lettrages. Et les résultats finaux sont étonnants car Wade Guyton intègre également les erreurs d’impression, les couleurs et autres parcours erratiques, comme faisant partie du projet total et définitif de la composition.  La suite de l’expérience est la concrétisation d’une œuvre abstraite «parlant» autrement.

Guyton, Biennale de Venise,  Epson UltraChrome K3 sur lin, 2013

Wade Guyton, Biennale de Venise, Epson UltraChrome K3 sur lin, 2013

Le marché des œuvres de Wade Guyton est aussi impressionnant, sa valeur ayant presque atteint  les 3 000 000 $US en 2013 pour une œuvre jet d’encre, Epson UltraChrome, mesurant 142,5 x 91,1 cm. Dans une journée de chance, une pièce d’environ 30 x 20 cm pourrait faire partie de la collection assurée d’un collectionneur  averti et ambitieux pour une somme entre 7000 $US et 14 000 $US. Si l’aventure tente quelques esprits, ces dernières valeurs restent assez raisonnables.

En observant les résultats de ventes et en faisant les liens avec l’âge des artistes, la première chose à remarquer est que l’art contemporain n’a plus besoin de traverser les siècles pour obtenir une valeur faramineuse. Et je crois que cela va continuer. La question se pose d’elle-même : comme intégrer les changements ? Comme apprivoiser les dynamismes reliés au métier ? La galerie, les expositions, les œuvres, les collections… Les musées ne font pas figure d’exception car les espaces muséologiques et institutionnels on besoin de s’ouvrir plus que jamais auparavant pour devenir ce que l’époque propose : des lieux de rencontre de créateurs, de disciplines, de gens. C’est un mouvement auquel j’adhère totalement et que je me plais beaucoup de vivre ici-même à la Galerie.

Pour ce qui est des musées, il est de plus en plus fréquent que les grandes institutions construisent des sièges internationaux, tels que le Guggenheim à New York, à Venise, à Bilbao et à Abu Dhabi, ou encore le Centre Pompidou de Paris, aussi dans le nord de la France, en Metz, et à Malaga en 2015. À son tour, le British Museum travaille à Abu Dhabi sur un projet sollicitant son expertise pour créer le premier Musée national des Emirats Arabes Unis, le Zayed. Sans oublier le Louvre Abu Dhabi qui ouvrira ses portes en décembre 2015. Je trouve cela fascinant, car provoque un grand engouement et favorise, je crois, la croissance d’un certain marché. Je sais qu’avant que toute cette effervescence arrive à nos portes on connaitra beaucoup de lendemains, mais c’est dans l’air du temps….et dans le parfum du rêve….

Musée Guggenheim, Bilbao,_juillet 2010

Musée Guggenheim, Bilbao, juillet 2010

Un autre bon exemple : le Smithsonian Institute à Washington, qui est le plus grand complexe de musées dans le monde. Il en comporte 19 au total, parmi lesquels se trouvent les célèbres Musée de l’espace, celui d’histoire naturelle et d’histoire nationale. Au mois de novembre 2013,  l’Institut Smithsonian avait lancé au monde la nouvelle que certaines des 137 millions de pièces de sa collection allaient pouvoir être vues en 3D (http://3d.si.edu/). Pour ce faire,  l’institution répond à l’objectif de ramener le musée à un public mondial et en augmenter ainsi l’audience. Par exemple, le Musée national d’histoire reçoit 5 millions de personnes par an, alors que sur sa page en ligne, le nombre de visites est de 13,5 millions.

Central Smithsonian Campus

Smithsonian Campus

J’ai moi-même ouvert un compte dans la plateforme MYMet du Metropolitan Museum de New York pour sélectionner mes pièces préférées dans leur collection et bâtir la mienne, virtuelle, on s’entend. J’y vais souvent et j’en ajoute…Une façon comme une autre de stimuler l’imaginaire…

Je regarde un peu par tout et je vois beaucoup des développements ambitieux. Les énergies civilisatrices nous ont guidés jusque-là. Combien de fois faudra-t-il encore le dire – et peut-être même que cela n’arrivera jamais à la conscience de ceux pour qui la culture n’est que superflue –, la culture d’un peuple est sa carte de visite. Comment donc rester indifférent aux réussites de Xavier Dolan à Cannes ou d’Alice Munro au Prix Nobel de Littérature ? Leur succès est inspirant. Finalement, ce qui donne de l’espoir, de cela je suis convaincue, c’est que par la création, prise au sens large du mot, les sociétés peuvent se reconstruire sans cesse dans l’intérêt de tous.

Comme apprivoiser tant de démesure ? La question a son propre soleil, car le mot apprivoiser est très prometteur. Saint-Exupéry nous a fait cadeau d’un livre incontournable. Dans le dialogue du Petit Prince, l’idée prend forme avec le renard :

-Qui es-tu ? dit le petit prince. Tu es bien joli…
-Je suis un renard, dit le renard.
-Viens jouer avec moi, lui propose le petit prince. Je suis tellement triste…
-Je ne puis jouer avec toi, dit le renard…Je ne suis pas apprivoisé.
-Ah ! pardon, dit le petit prince.
Mais, après réflexion, il ajoute :
Qu’est-ce que signifie «apprivoiser» ?
– Tu n’es pas d’ici, dit le renard, que cherches-tu ?
– Je cherche les hommes, dit le petit prince.
Qu’est-ce que signifie «apprivoiser» ?
– Les hommes, dit le renard, ils ont des fusils et ils chassent. C’est bien gênant ! Ils élèvent aussi des poules. C’est leur seul intérêt. Tu cherches des poules ?
– Non, dit le petit prince. Je cherche des amis.
Qu’est-ce que signifie «apprivoiser» ?
-C’est une chose trop oubliée, dit le renard.
Ca signifie «créer des liens…»
-Créer des liens ?
-Bien sûr, dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi…Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serais pour toi unique au monde…
-Je commence à comprendre, dit le petit prince. Il y a une fleur…je crois qu’elle m’a apprivoisé…

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