Makoto Azuma: le plaisir des fleurs

«Les fleurs ne sont pas seulement belles pour être posées sur une table»

Le travail de Makoto Azuma, artiste japonais habitant Tokyo, m’interpelle et cela à plusieurs égards. Tout d’abord parce que les fleurs sont l’essence de ses sculptures et installations, et également parce qu’il y a l’idée d’expérimenter ces créations dans un contexte peu habituel, en l’occurrence l’espace ; une approche à laquelle je me rends volontiers admirative.

Il y a déjà plus d’un mois, l’artiste était au centre de nouvelles un peu partout sur la Planète. Le projet Exobiotanica prenait place dans l’aura d’un succès retentissant. Avec une équipe de dix personnes le mardi 15 juillet dernier, l’aventure a démarré dans la partie nord du Nevada, le Black Rock Desert. Sûrement un spectacle à la fois beau et remarquable comme le laisse imaginer la splendide série de clichés exposés.

Makoto Azuma

Makoto Azuma

Les deux objets botaniques créés pour l’événement furent accrochés à des ballons d’hélium permettant ensuite l’envolée surprenante dans la galaxie. Les ballons étaient aptes à monter près de 91 800 pieds sans exploser. Dans la documentation visuelle on retrouvait aussi les images du bonsaï – dit-on – de 50 ans faisant partie de la collection de l’artiste. On voit le petit arbre prendre de la hauteur, bien protégé par un cadre de métal, comme s’offrant silencieux à l’expérience. Pour sa part, le magnifique bouquet d’orchidées, d’hortensias, de lilas et d’iris apparaissait comme étincelant et souverain.

Makoto Azuma

Makoto Azuma

Pour immortaliser ce geste rare, une série d’appareils photographiques et de caméras GoPro a été attachée aux plantes dans leur montée dans l’espace, cela permettant de capturer les images des compositions florales à 360 degrés.


Artiste contemporain atypique, Makoto Azuma fait encore parler de lui dans les nouvelles culturelles. Il a investi le «concept store» tokyoïte The Pool, situé dans un quartier trendy de la capitale japonaise, Aoyama. Pour The Pool Aoyama, l’artiste a réalisé un jardin botanique composé de plantes et de fleurs vendangées aux quatre coins de la Planète. Une intervention aussi inventive qu’impressionnante, à découvrir jusqu’au 31 août.

Makoto Azuma, The Pool

Makoto Azuma, The Pool

The Pool se loge dans ce qui fut à l’origine une piscine dans un appartement privé. Un lieu étonnant qui est aujourd’hui une boutique accueillant des créations de jeunes concepteurs de mode et d’objets de design moderne et contemporain. Le «concept store» est le résultat du travail conjoint de l’artiste Takashi Murakami et de l’architecte Nobuo Araki qui a complété le projet en avril 2014.

The Pool Aoyama Photo Kai Hiroyo

The Pool Aoyama Photo Kai Hiroyo

En 2012, la Maison Perrier-Jouët, avait mis sur le marché l’édition limitée de la couvée Belle Époque par Makoto Azuma. La création d’ Azuma suivait celle d’Émile Gallé, le célèbre dessin des anémones de 1902. Je ferais une collection de ses éditions limitées interprétées par des artistes, comme les créations de Jeff Koons et Andy Warhol, notamment.

Makoto Azuma, pour la Maison Perrier-Jouët

Plusieurs artistes contemporains investissent l’univers des fleurs, un univers qui a inspiré les imaginaires depuis la nuit des temps. Comment se soustraire à l’invitation! L’été passé j’avais parlé de Camille Henrot, de son œuvre et de sa consécration à Venise. Cette année, le New Museum à New York présentait Camille Henrot : The Restles Earth, du 7 mai au 29 juin. Une proposition qui inclut ses déjà célèbres ikebanas et aussi les vidéos, dont Grosse Fatigue qui fut également présentée à la Biennale de Venise 2013 et qui s’était vu attribuer le Lion d’or de la meilleure artiste de la 55e édition.

Je trouve le corpus de Makoto Azuma et celui de Camille Henrot très personnels et loin de sentiers battus. Deux jeunes artistes dans la trentaine à suivre…

J’ai regardé les images de Makoto Azuma au travail, il semble si concentré… Il y a certainement beaucoup de sensibilité esthétique dans son geste, mais aussi de la précision. Cela m’a fait penser à l’énergie qui gravite autour de nous dans nos vies de tous les jours. Certains espaces semblent être si délicats et si vulnérables. La survie de notre civilisation dépend d’une foule de choses. Les interactions entre humains ne seront jamais complètes et satisfaisantes, tant qu’elles ne seront pas en conjonction avec les milliards de formes de vies qui forment l’immense richesse du grand schème.

Nous partageons tous la même planète, mais nous habitons tous des mondes différents, évoluant dans nos réalités, dans nos pièces de théâtre personnelles, en nous racontant des histoires de tout acabit. Il y en aura toujours de nouvelles difficiles et tristes, mais ce n’est pas pour cela que nous devons céder à la détresse. Pour faire pencher la balance du côté du plaisir, de l’amour, l’amitié, il n’y a pas de recette magique, il faut cultiver ces fleurs en nous, tout d’abord. Il s’agit d’un cheminement complexe, parfois très difficile, mais c’est un cadeau d’une grande richesse à s’offrir. Tout simplement parce que nous méritons le meilleur.

De tous les grands sages de la Grèce Antique, Aristote fut celui qui a cogité le plus sur le bonheur avec une grande profondeur. Jean Vanier, auteur d’une thèse de doctorat sur Aristote, nous propose dans son livre Le goût du bonheur une nouvelle relecture de la pensée de ce philosophe. Je le redécouvre constamment et parfois il me fait sourire. Ses réflexions ont traversé les siècles avec la même vitalité et demeurent toujours actuels, s’appliquant pertinemment à nos vies de femmes et d’hommes du XXIe siècle.

Voilà une pensée d’Aristote sur le plaisir que j’ai trouvée dans le livre de Jean Vanier :

«Le plaisir perfectionne l’activité, non comme une qualité immanente au sujet, mais comme une sorte de fin surajoutée, de même que la beauté se surajoute à la fleur de la jeunesse»

Je termine le billet de cette semaine comme je l’ai commencé : dans les univers du plaisir, de la générosité et de la liberté. Le plaisir et la générosité évoquent ici le souvenir d’une collectionneuse et mécène hors pair, Lila Acheson Wallace, propriétaire avec son époux du Reader’s Digest. Madame Wallace a laissé un fonds spécial pour payer ad eternum les magnifiques bouquets de fleurs naturelles qui décorent la réception du Metropolitan Museum de New York. Sans aucun doute un symbole très élégant, porteur d’hospitalité et de beauté.

Et enfin un extrait de Camille Henrot portant sur la liberté de la pensée: «C’est une liberté de l’artiste de n’être pas tenu d’avoir raison et il doit user de cette liberté de penser de manière déraisonnable».

Metropolitan Museum, New York

Metropolitan Museum, New York

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2 réflexions sur “Makoto Azuma: le plaisir des fleurs

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