Dominique Lévy : l’idée de l’art

«Faire des choix, avoir sa propre opinion, c’est pour moi le plus important» – D.L.

Figure incontournable de l’art moderne et contemporain international, Dominique Lévy ouvrira un deuxième espace d’exposition à Londres sur Old Bond Street à l’automne 2014. Sa première galerie personnelle a vu le jour à New York en 2013, sur Madison, dans un édifice qu’elle partage avec son collègue français Emmanuel Perrotin.

Au rez-de-chaussée se trouve la Galerie Perrotin et dans les étages supérieurs celle de Dominique Lévy. L’espace de cette dernière est plus intimiste que celui de son confrère et aussi glané par l’habitat des artistes phares de l’art d’après-guerre et contemporain, icônes du XXe et XXIe siècles : Soulages, Koons, Basquiat, McCarthy, Klein, Twombly, Warhol, Louise Bourgeois, Francis Bacon, pour n’en nommer que quelques-uns.

Dominique Lévy

Dominique Lévy

Ce n’est pas sans raison que l’on fait souvent référence à Madame Lévy comme une négociatrice hors pair. Son expérience du marché de l’art haut gamme rejoint deux pôles immanquables. D’abord son statut de propriétaire et directrice de galerie d’art, et ensuite son expertise dans les ventes aux enchères acquise chez Sotheby’s, Phillips de Pury, puis chez Christie’s à New York après que François Pinault l’ait choisie pour lancer le département des ventes privées, pour lesquelles, semble-t-il, elle a battu des records.

Galerie Dominique Lévy, 22 Old Bond Street, Londres

Galerie Dominique Lévy, 22 Old Bond Street, Londres

Son parcours de vie comporte tous les éléments d’un cheminement peu habituel. Dominique Lévy ne fait rien comme les autres et a une personnalité assurée, enracinée dans sa propre vie par l’authenticité et le gout du défi. Elle habite avec sa partenaire Dorothy Berwin, formant ensemble un tandem reconnu par leur sympathie, leur accueil et les soirées partagées avec le gratin new-yorkais dans leur duplex de l’Upper East Side.

On devine un certain art de vivre : cette façon aisée de créer des liens entre les gens et les œuvres ne peut concorder qu’avec une véritable exubérance des sens. Et Berwin le manifeste clairement: “I like mixing people who are honest about their lives, not that American sort of thing where you pretend that everything is perfect. There’s no such thing as perfect.”

Elles habitent à New York avec leurs trois fils nés de relations antérieures et âgés entre 3 et 19 ans. Ils participent avec leurs mères au monde de l’art et la création et font régulièrement des visites d’expositions et de musées. Entre leurs vies mondaines, leurs obligations familiales et professionnelles, le couple, déploie son énergie un peu partout sur la planète, dont les grandes foires internationales incontournables ou la Galerie de Dominique Lévy participe en 2014 : Frieze Masters à Londres, et Miami Basel.

Chez Dominique Lévy et Dorothy Berwin, New York.

Chez Dominique Lévy et Dorothy Berwin, New York.

Il me semble que leur histoire est assez éloignée de cette croyance qui dit que «dans la vie on ne peut pas tout avoir». C’est ma perception, bien entendu. Il y a toujours différents angles de lecture. Mais selon les bien-fondés des révélations, leurs vies s’avèrent attelées à une idée assez heureuse de l’existence. Dans son livre sur la force créatrice, Robert Fritz, compositeur, musicien et auteur nord-américain, fait mention de «l’idée» comme étant le dynamisme et le point de départ de tout accomplissement. Il arrive à un constat captivant: «L’idée qui est actuellement dans l’air, l’intuition qui est mûre, le principe qui est le catalyseur le plus puissant de notre ère, est que chaque individu peut être la force créatrice prédominante de sa vie.»

Cela donne un point d’ancrage phénoménal pourvu qu’on soit sensible à ces propos. Pour certains, cela peut représenter un vrai défi. Rien de simple dans les histoires des vies humaines. Elles se tissent dans la complexité des milliers d’événements ou souvent celui qui en fait l’expérience n’a pas une conscience actualisée de l’enjeu des défis. Malgré cela, il me semble possible de déceler, à travers le tracé des nombreux labyrinthes, d’éventuelles lectures. Ainsi, deux tendances se partageraient la conception du monde. D’un côté on dit que ce sont les circonstances extérieures qui façonnent les destinées, donc le monde est conçu à partir d’une soi-disant réalité inchangeable à laquelle l’humain s’adapte au meilleur de ses capacités. L’autre courant correspond au regard de ceux qui voient le monde comme un grand chantier. C’est le terrain du bâtisseur, de l’explorateur, du créateur. C’est une proposition plus instinctive qui pousse l’expérience vitale plus loin.

Cette dernière tendance fait partie des grandes forces des artistes créateurs. L’exemple de Pierre Soulages en témoigne parfaitement : un créateur inégalable dont la rigueur des propos n’enlève rien à la sensualité de la matière. Il a écrit à lui seul un grand chapitre de l’histoire de l’art.

D’avril à juin 2014, Dominique Lévy et Emmanuel Perrotin présentaient dans leurs galeries de New York une exposition – après 10 ans d’absence en Amérique – des dernières œuvres de la série Outrenoir de Soulages. Cette exposition est accompagnée d’un catalogue réunissant une interview de l’artiste avec Hans Ulrich Obrist, et les essais critiques de John Yau et Alain Badiou.

Exposition Soulages, vue de l'exposition 2e étage, 2014.

Exposition Soulages, vue de l’exposition 2e étage, 2014.

L’exposition à New York coïncidait avec deux grands événements liés au parcours exceptionnel de Soulages : l’inauguration en mai dernier du Musée Soulages à Rodez en France et la sortie du livre Soulages in America, le plus complet à ce jour qui retrace ses années américaines, les décennies 50 – 60. A 94 ans, Soulages, un artiste qui a été l’un des grands protagonistes du grand mouvement de la peinture du XXe siècle propose aujourd’hui, une fois de plus, un corpus vigoureux et très actuel. En 1996, j’ai fait l’expérience pour la première fois des œuvres de Pierre Soulages au Musée des beaux-arts de Montréal. Les inoubliables Noires lumières. Et je suis restée dans les salles du musée pendant des heures. Ce que j’ai vécu à travers cette rencontre trouve écho dans la pensée de l’artiste lui-même : « Plus les moyens sont limités, plus l’expression est forte » Et j’ajouterais, plus sa résonance se fait sentir.

Je garde un souvenir brillant de ses grands tableaux noir et blanc, des œuvres splendides et pleinement accomplies.

Pour la fin du billet, j’ai choisi une autre pensée de l’artiste : « L’œuvre vit du regard qu’on lui porte. Elle ne se limite ni à ce qu’elle est ni à celui qui l’a produite, elle est faite aussi de celui qui la regarde. Ma peinture est un espace de questionnement et de méditation où les sens qu’on lui prête peuvent venir se faire et se défaire. » (Cité par Françoise Jaunin)

Pierre Soulages dans le Musée Soulages.

Pierre Soulages dans le Musée Soulages.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s