Camino del Inca : du passé au quotidien

En juin 2014, l’Unesco a déclaré Patrimoine de l’humanité le légendaire Camino del Inca, Le chemin de l’Inca ou Qhapaq Ñan, en langue quechua. Il s’agit d’un réseau gigantesque de chemins qui dépasse les 30 000 kilomètres. Selon les secteurs, les routes pouvaient être pavées ou chaussées, mais le réseau comprenait aussi des ponts suspendus d’une longueur atteignant parfois 60 mètres, faits de câbles de fibre végétale tressée. Certains de ces ponts sont restés en service jusqu’au XIXe siècle. Ces chemins comportent également de nombreux tunnels pour franchir les cours d’eau, les marécages et traverser les montagnes. En somme, une infrastructure impressionnante.

Le réseau de voies s’étend à travers six pays de l’Amérique latine : Pérou, Argentine, Chili, Bolivie, Équateur et Colombie. Cette suite de routes était connectée avec Cuzco, la capitale de l’Empire inca, nommé Tawantinsuyu. Les voies avaient une double fonction : d’une part, consolider la communication et le rapprochement entre les différentes communautés et d’autre part, permettre l’intégration politique, sociale, économique, administrative et culturelle de l’Empire.

Camino del Inca AtlasALaMarca

Camino del Inca AtlasALaMarca

La distinction de l’Unesco est une reconnaissance majeure du génie de cette culture vertigineuse. Comme une plongée rayonnante au cœur des connaissances ancestrales, j’ai suivi leurs pas en participant de leur formidable inventivité. À chaque tournant de mes lectures, j’ai été grandement surprise.

Au XVIe siècle, les conquérants espagnols on profité des trajets existants pour envahir les territoires convoités du Pérou, de la Bolivie, du Chili et des terres argentines. Selon des spécialistes, archéologues et historiens, certains tronçons du réseau ont plus de 2000 ans. Ils avaient probablement été construits par d’autres anciennes cultures telles que l’Houari et adoptés par après par les Incas.

De tous les trajets du Qhapaq Ñan, le plus renommé est vraisemblablement celui qui unit la ville de Cuzco avec le site archéologique de Machu Picchu, également déclaré Patrimoine de l’humanité en 1983. Depuis sa découverte en 1911, les 43 kilomètres de sentiers et chemins à travers la forêt et les constructions millénaires accueillent des milliers de touristes venus de tous les coins du monde.

Machu Picchu, Intihuatana

Machu Picchu, Intihuatana

Par ces voies considérées le plus anciennes de l’Amérique, les Incas ont uni la géographie d’un territoire très vaste et de grands contrastes : les Andes, l’Amazonie, les déserts et la côte du Pacifique.

Les communications dans l’Empire se faisaient à travers des messagers se déplaçant le plus souvent à pied d’un point à l’autre. Les chasqui avaient la responsabilité de faire parvenir les messages écrits ou oraux. Parfois, ces messages comprenaient des codes présentés sous la forme de nœuds dans une corde – quipus – et qui, semble-t-il, sont encore indéchiffrables pour les archéologues.

Un chasqui prenait seulement quelques jours pour faire le trajet depuis Quito jusqu’à Cuzco. Parfois le voyage se faisait à relais. Pour sillonner de si longues distances dans des conditions souvent extrêmes, ils devaient certainement être de grands athlètes.

La route principale, du Nord au Sud, comptait à elle seule 6000 kilomètres. C’est donc, un circuit titanesque. La reconnaissance de l’Unesco laisse miroiter aux archéologues des pays concernés qu’elle pourrait attirer l’attention des organismes internationaux pour le soutien financier aidant à la conservation et restauration des sentiers et sanctuaires.

J’ai l’espoir que quelque chose prendra forme. Peut-être que les chants des chamans, les magnifiques icaros, ces litanies vibratoires ancestrales, arriveront une fois de plus à contribuer à la rencontre des esprits de la nature et ceux des hommes.

Chemin de l'Inca

Chemin de l’Inca

Les Espagnoles arrivant en Amérique étaient très impressionnées par la pertinence du système de messagerie, la vitesse à maintenir sur de longues distances, ainsi que l’organisation et la logistique de tout le processus. À chaque 7 km se trouvait un pukara ou une fortification pour contrôler le mouvement de voyageurs. À chaque 21 km s’érigeait un tambo, un lieu de repos et réapprovisionnement d’eau et nourriture. De plus, il y avait des sanctuaires à différents points sur le territoire.

Puente del Inca

Puente del Inca

Quelle magie se détache de ces Andes toujours si majestueuses, témoin du vécu de tant de civilisations fascinantes! Peut-être que c’est la nécessité de réenchanter notre époque et restaurer le contact avec une nature plus profonde qui fait en sorte que leurs histoires attirent notre attention. En faisant le trajet vers le Sud par le Chili, le tronçon qui survole la Cordillère des Andes se déploie dans une vision saisissante. Si la température le permet, le parcours aérien est spectaculaire. En voyant les pics enneigés, je me fais toujours la même réflexion : comment ont-ils fait pour apprivoiser cette nature impressionnante?

Machu Picchu

Machu Picchu

Partout dans le monde, la distinction de l’Unesco fut célébrée. Cela avait commencé en 2010 par la réunion des représentants des six pays concernés avec la directrice de l’organisation. A cela ont suivi les visites des lieux, les surprises et l’enchantement.

Depuis la création de leur riche héritage, beaucoup de siècles se sont écoulés. D’une ancienne culture à la nôtre aujourd’hui, des rencontres se tissent dans l’accueil de nos différences. Pour la fin, j’amène le regard du photographe péruvien Mario Testino. Ce citoyen émérite du monde jet-set rend hommage à cette tradition à laquelle il est demeuré profondément attaché. Les clichés exceptionnels ont été présentés en juin – juillet 2014 à la Galerie Yvon Lambert à Paris.

Testino est un grand maitre du portrait. Je crois que, de tous ceux consacrés à la Princesse Diana, les plus saillants ont sa signature.

Je partage ici l’une de mes préférences, l’étonnante photographie d’une jeune femme issue d’une communauté paysanne du district de Pisac, province de Calca.

Les cultures andines représentent à elles seules un éventail phénoménal de diversité. Les superpositions des cultures, des histoires et des influences civilisatrices, sont comme les couleurs vives et radieuses des vêtements… Autant d’immensité que de rêve. Tout comme les parfums et les épices de l’Amazonie, insaisissables et uniques.

Fondation MATE, Mario Testino

Fondation MATE, Mario Testino

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