El Greco : 400 ans plus tard

Jusqu’au 1er février 2015, de grandes expositions sur Le Greco auront lieu au Metropolitan Museum et à la Frick Collection de New York qui présentent simultanément les œuvres du peintre. L’objectif qui a donné le point d’envol à la manifestation est la commémoration du 400e anniversaire de sa mort. Le projet fut concrétisé par le Metropolitain Museum et la Hispanic Society of America.

El Greco, La vue de Tolede, Metropolitain Museum, New York

El Greco, La vue de Tolede, Metropolitain Museum, New York

C’est une occasion unique de voir le travail de l’artiste ainsi que le jaillissement de son œuvre à travers l’histoire de l’art. Souvent on se réfère à lui comme étant le prophète des modernes par l’utilisation qu’il fait de la couleur et la particularité de ses figures déformées. Sa pratique avant-gardiste exerce un impact incontestable sur la peinture moderne et contemporaine.

La célébration du 400e anniversaire du décès de ce peintre a eu une répercussion mondiale. Plusieurs institutions muséologiques le soulignent avec des événements prestigieux.

Toujours en Amérique du Nord, dans l’une des plus importantes pinacothèques du monde, la National Gallery of Art à Washington, on présente jusqu’au 16 février 2015 une exposition sur El Greco ainsi qu’un film documentaire sur sa vie narrée par nul autre qu’Adrien Brody.

Earl A. Powell, directeur de l’institution, relevait les points saillants de la manifestation: «l’exposition présente le style pictural d’un artiste innovateur qui a intégré des éléments de l’art byzantin et de la Renaissance avec la spiritualité exacerbée de la Contre-réforme».

En Amérique du Sud, le Museo Nacional de Bellas Artes de Buenos Aires présente également une exposition sur Le Greco jusqu’au 15 janvier 2015. Il s’agit de 17 tableaux dont le célèbre Les larmes de St-Pierre.

L’exposition en Argentine comprend la présentation d’œuvres d’artistes de la même époque comme Luis de Morales, Francisco Pacheco et Mateo Cerezo, ainsi que les Espagnols de la génération de 1998, tels que Joaquin Sorolla, Ignacio Zuloaga, Santiago Rusinol. Il y a également une section dédiée à l’art contemporain avec les œuvres de Daniel Garcia, Roman Vitali et Luciana Rondolini. Une façon très pertinente de signaler la validité et les influences d’El Greco dans l’art d’hier à aujourd’hui.

Je partage ici l’une des œuvres de Daniel Garcia dans l’exposition au MNBA. Elle propose une lecture contemporaine de l’un des éléments caractéristiques d’El Greco, comme les larmes ou stigmas dans le corps. L’œuvre de Garcia évoque le second. Même s’il ne s’agit pas d’une influence directe en forme de style, l’œuvre souligne l’influence d’El Greco dans la peinture actuelle.

Daniel Garcia, Somebody IV, 2013, acrylique sur toile, 152 x 210 cm

Daniel Garcia, Somebody IV, 2013, acrylique sur toile, 152 x 210 cm

À l’égard de Piero della Francesca, Botticelli et Vermeer, El Greco, fut sauvé de l’oubli au XIXe siècle par des collectionneurs et experts. Les critiques d’art et les artistes ont également reconnu en lui un grand peintre moderne. Parmi eux, Picasso, Manet, Cézanne, Modigliani, Franz Marc et beaucoup d’autres expressionnistes, comme Kokoschka, Beckmann, Steinhardt… En ce qui concerne les artistes juifs, on mentionne souvent Chagall et Soutine. Jackson Pollock suivait avec grande attention son travail. Bien avant de se convertir à l’abstraction, il l’avait d’ailleurs beaucoup copié.


Dominikos Theotokópoulos, né en Crête en 1541, décédé en Espagne en 1614, plus connu comme El Greco, réalise entre 1586 et 1588 ce qui est considéré comme un chef-d’œuvre de la peinture européenne, le monumental tableau d’autel intitulé L’Enterrement du compte d’Orgaz pour l’Église de Santo Tomé à Toledo.

Après la grande influence et fascination que Velázquez avait exercée sur les peintres réalistes, la figure d’El Greco attirera l’attention de ceux qui demandaient un art plus innovateur tels que Manet et Cézanne.

Dans la collection du Metropolitan Museum, il y a le très célèbre La vision de Saint-Jean, une œuvre qui avait beaucoup intéressé les cubistes, peut-être à cause de Picasso qui voyait dans El Greco le plus pertinent et important des maîtres anciens.

Parmi les nombreux rapprochements des œuvres d’El Greco avec les œuvres d’autres artistes à travers le temps, j’aime beaucoup celui qui fait référence à une peinture de Modigliani, l’un de mes artistes préférés. Je n’aurai jamais une œuvre de lui dans mon environnement, mais peu importe, j’ai beaucoup de ses tableaux gravés dans la mémoire des yeux!


Nous décelons aussi l’influence d’El Greco dans les œuvres de Giacometti, Diego Rivera ou Francis Bacon. J’ai trouvé dans les dessins de Giacometti, autre artiste que j’admire beaucoup, une proximité possible avec le portrait de St-Jérôme en érudit, 1610-1614, dans la collection du Metropolitain. Giacometti disait «jamais je n’arriverai à mettre dans un portrait toute la force qu’il y a dans une tête». Pourtant, à différentes époques ces deux artistes visionnaires ont su transmettre l’intensité de leur obsession. Je ne connais pas la valeur des œuvres d’El Greco mais les dessins de Giacometti ont obtenu en salle de vente plus de 3 millions US.

En 1910, Julius Meier-Graefe disait d’El Greco qu’il était «un homme de l’époque de Rembrandt et qui nous est aussi proche qu’un contemporain».

En Europe, j’ai retracé l’exposition qui avait eu lieu au Museo Nacional del Prado du 24 juin au 5 octobre 2014. On pouvait s’attendre à cet hommage de la part d’une institution qui garde dans sa collection autant de chefs-d’œuvre! Les tableaux de Velázquez m’avaient captivée, littéralement!

Je partage ici une idée à laquelle je réfléchis depuis qu’un tableau en particulier est arrivé à la Galerie. Il s’agit de l’œuvre Dan d’Aidan Pontarini, l’exposition actuelle finissant le 20 décembre. Il y a cette main surprenante dans le coin inférieur droit du tableau, les doigts allongés, un peu difformes, dont la facture me fait penser à plusieurs dessins de main dans les peintures du Greco.

Une proposition intéressante de la part d’un jeune artiste qui dénote –selon moi- des connaissances implicites sur l’histoire de la peinture.


Pour la fin, je cite la pensée de Georges Didi-Huberman. Récemment, dans une entrevue à Buenos Aires, l’auteur répondait à une question qu’on lui avait posée sur la définition de l’art, et il a dit: «je ne sais pas ce qu’est une définition et je ne sais pas non plus ce qu’est l’art. Je m’intéresse seulement à ce qui arrive. La singularité et l’événement. Cela est ma grande polémique avec Rosalind Krauss. Elle pense à l’art en termes de définition, supprimant ainsi de manière définitive la dialectique. En général, les auteurs américains pensent ainsi. Je ne suis pas du tout d’accord avec cette approche. La beauté est ici […] une dialectique où il n’existe aucune forme parfaite»

Maintenant c’est à vous de prolonger l’expérience…

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