Pour l’éternité

Par la récapitulation des événements du passé, on parvient avec le temps à mieux comprendre les épisodes du présent. Il s’agit d’une affirmation féconde et véridique aidant à l’émergence de répercussions plus prometteuses. Nonobstant l’incessant brouillamini de la vie, quelque chose inusitée nourrit la flamme de l’éveil. Et c’est par le surgissement d’angles d’analyse plus riches et complexes que nous pouvons observer de nouveaux résultats. Dans une démarche psychologique, le processus est souvent lié à l’idée de libération : être libéré de quelque chose, d’une situation, d’un obstacle, d’une limitation, d’une croyance…

Dans le domaine des arts, le regard entre l’ancien et le contemporain amène la perception à se déplier, toujours à la recherche de quelque chose de plus. Par rapport aux arts visuels, je crois que l’étude et la réflexion autour des civilisations disparues sont une porte grande ouverte pour mieux saisir – en bien des cas – l’éventail de manifestations culturelles d’aujourd’hui. Si la représentation change, l’idée derrière le geste est vraisemblablement la même : le désir de l’homme pour décrire son monde, son vécu, l’univers.

Les noms de ces civilisations lointaines inspirent le rêve : Ougarit, Hattousa, Pataliputra, Pazyryk…Parmi elles, on retrouve le foyer des Élamites, Suse.

Les origines de Suse vont très loin dans le temps. Les auteurs de l’Ancien Testament en font mention comme étant la capitale d’un pays appelé Élam. Mais semble-t-il que l’histoire de Suse remonte encore beaucoup plus loin, à la préhistoire même, aux débuts de la civilisation écrite.

D’un riche passé culturel il ne reste aujourd’hui que des monticules de terre. Le géologue français Jacques de Morgan avait entrepris en 1897 un ambitieux programme de fouilles à la recherche des origines de la civilisation élamite. Bien que plusieurs de ces résultats prodigieux furent dispersés, sont restés assez d’éléments pour reconstituer différentes étapes de son évolution.

Parmi les objets élamites qui arrivent à nous, je me suis laissé prendre au charme des jouets d’enfants. L’histoire raconte que les rois d’Élam respectaient et aimaient leurs familles. En guise de tendresse envers les enfants décédés en bas âge ils déposaient dans leurs tombes leurs jouets préférés.

Collection Musée du Louvre.

Collection Musée du Louvre.

Je trouve ce lion beau et élégant! De belles lignes très actuelles. J’en dirais autant pour ce hérisson. Ils sont dans la Collection du Musée du Louvre.

Collection Musée du Louvre.

Collection Musée du Louvre.

Les deux pièces sont faites en calcaire et leur socle est taillé dans une pierre bitumeuse qui abondait dans la région. Ces jouets proviennent des familles royales, ils ne faisaient pas partie de la vie de la plupart d’enfants, mais ils nous donnent une idée du quotidien au IIe millénaire avant J.-C. Un temps si lointain ! Pourtant, leur matérialité s’inscrit dans un registre accessible et familier.

J’ai trouvé également une source d’inspiration intéressante dans l’une des grandes civilisations précolombiennes, les Olmèques du Mexique, qui ont vécu 1400 ans av. J.-C. Cette figurine d’enfant qui parait caresser quelque chose ou peut-être vouloir ramper dévoile un imaginaire reconnaissable. Le rapprochement avec des œuvres d’art contemporaines s’avère très plausible.

Figurine olmèque mexicaine. Photo  Werner FormanUniversal Images GroupGetty.

Figurine olmèque mexicaine. Photo Werner FormanUniversal Images GroupGetty.

Les Olmèques étaient des maitres bâtisseurs. Ils ont laissé des monuments importants et des têtes gigantesques taillées en pierre. Je pense à eux quand je regarde les têtes géantes des sculptures de Ron Mueck, celles du bébé notamment. Les matériaux sont autres, mais la présence imposante de l’œuvre m’inspire à faire des associations.


La création ouvre toujours sur des questionnements. Umberto Eco dit : «Toute information est importante si elle est connectée à une autre»…Quand nous fréquentons les galeries et les musées, nous trouvons parfois des réponses. Mais je crois que le mieux à faire est simplement de laisser ondoyer le mystère.

Octavio Paz, Prix Nobel de littérature 1990, parlait de rencontres : «si Picasso n’avait pas rencontré les masques africains, l’art moderne n’aurait pas existé». Paz n’était pas un collectionneur, mais il côtoyait les artistes de son époque. Il faisait souvent allusion aux œuvres anciennes mexicaines en comparant les lignes pures et impeccables de la sculpture précolombienne aux œuvres d’artistes modernes et contemporains. Son intérêt pour décrypter le langage de l’art l’amenait à rédiger un nombre important d’essais sur l’art et les artistes. L’idée de l’exposition En esto ver aquello, Octavio Paz y el arte (En ceci voir cela, Octavio Paz et l’art) au Palacio de Bellas Artes au Mexique éclipsait le souci de l’écrivain. Un événement prestigieux ayant eu lieu de septembre 2014 à janvier 2015 et mis de l’avant pour célébrer le 100e anniversaire de sa naissance.

La plupart des objets en provenance d’horizons très lointains furent trouvés dans les temples ou les tombes. Au départ, ces objets devaient honorer, protéger et accompagner la personne dans son voyage vers l’au-delà. Peut-être que ces lieux précédaient nos musées ?

Aujourd’hui, les institutions muséologiques sont les gardiens du patrimoine. Avec le temps, l’histoire des civilisations leur fut confiée. J’espère que la transformation prévue de deux institutions importantes à New York soit également pour la continuité. Au mois de mai 2015, le Whitney Museum sera installé à sa nouvelle adresse dans le Meatpacking District avec une belle vue sur le fleuve Hudson, un édifice dessiné par Renzo Piano.

Renzo Piano et le nouveau Whitney Museum

Renzo Piano et le nouveau Whitney Museum

À l’ancienne adresse du Whitney, le Metropolitain Museum installera sa collection d’art contemporain. J’ai hâte de la visiter réunie en un seul lieu. La collection d’art moderne et contemporain du Met rassemble plus de 12 000 œuvres, c’est donc un corpus très riche datant de 1900 à nos jours. L’ensemble accueille de grands noms américains et internationaux, tels que Kiki Smith, Anselm Kiefer, Barnett Newman, Jackson Pollock, Juan Sanchez, Ana Mendieta, Katherine Bowling, Jim Dine, Andy Goldsworthy, etc…

Finalement, je crois que dans toute réflexion sur l’éternité nous ne pouvons pas omettre le lien qui l’unit avec l’Amour. Pour l’illustrer, je voulais trouver une œuvre iconique. La sculpture de Robert Indiana, Love, m’est apparue pertinente. Elle a cette présence joyeuse, forte et colorée propre à l’idée qu’elle véhicule.

Robert Indiana

Robert Indiana

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