L’espace des possibles

Jusqu’au 12 avril 2015, les œuvres de Luciano Fabro (Turin 1936 – Milan 2007) sont présentées au Palacio de Velázquez du Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía à Madrid.

Luciano Fabro, Norte, sur, este y oeste juegan al Mikado (1989-1994). Museo Reina Sofia, 2014 - 2015

Luciano Fabro, Norte, sur, este y oeste juegan al Mikado (1989-1994). Museo Reina Sofia, 2014 – 2015

Il s’agit d’un corpus d’œuvres incontournable pour bien comprendre l’exploration et les chemins empruntés par la sculpture contemporaine depuis son éclosion dans le domaine de l’art. Le milieu du XXe siècle avait assisté à l’émergence d’une génération d’artistes, tels Piero Manzoni et Lucio Fontana, qui avait créé une série d’œuvres à partir de matériaux simples, échappant ainsi à la charge symbolique de matières utilisées par la sculpture traditionnelle. Luciano Fabro faisait partie de ce groupe de créateurs réalisant un nombre important d’expositions sous la dénomination d’Arte Povera.

Luciano Fabro, vue de l'exposition, Museo Nacional Reina Sofia, 2014 - 2015

Luciano Fabro, vue de l’exposition, Museo Nacional Reina Sofia, 2014 – 2015

Dans le groupe, c’est probablement Luciano Favro, pour qui la sculpture était un instrument d’appropriation critique de l’espace, qui réunit de la façon la plus vigoureuse tradition et nouvelle vision. Tout un défi dans un pays comme l’Italie, qui est riche d’un patrimoine inépuisable.

Si les perspectives de création étaient illimitées, elles devaient tout de même se confronter à une réflexion propre à la pratique classique: la relation entre sculpture et architecture, l’espace occupé par l’œuvre et la relation avec le spectateur, le besoin de repenser la sculpture, ainsi que la tension entre équilibre, poids et densité.

Luciano Fabro, Tres formas de poner las sabanas. Vue de l’exposition. Museo Nacional  Reina Sofia, 2014-2015. Photo Joaquin Cortes – Roman Lores.

Luciano Fabro, Tres formas de poner las sabanas. Vue de l’exposition. Museo Nacional Reina Sofia, 2014-2015. Photo Joaquin Cortes – Roman Lores.

C’est toujours très révélateur d’observer la transformation et l’intégration du passé et du présent, les éléments simples du quotidien et les matériaux plus nobles, l’art émergeant et la tradition. Le défi de ces œuvres étant la restructuration du spectre de la sculpture comporte nécessairement une valeur ajoutée. Et je crois que c’est à cause de la présence forte et bien souvent déstabilisante des matériaux.

Étant une admiratrice de l’Art Povera, de Manzoni et surtout de Lucio Fontana, voir les œuvres de Luciano Favro m’a rappelé un fragment du livre Demian d’Hermann Hesse, que je partage maintenant :

«Nous avons tendance à fixer des limites trop étroites à notre personnalité. Nous pensons que seulement appartient à notre personne ce que nous reconnaissons comme individuel et distinctif. Mais chacun de nous est constitué par la totalité du monde ; et ainsi comme nous avons dans notre corps le chemin de l’évolution du poisson et au-delà, nous amenons aussi dans l’âme tout ce qui a vécu dans les âmes humaines depuis le début. Tous les dieux et les démons qui ont existé soit chez les Grecs, Chinois ou Cafres, existent en nous comme possibilités, désirs et solutions. Si la race humaine s’éteignait à l’exception d’un enfant assez intelligent et sans éducation, cet enfant découvrirait encore le parcours de toutes choses et saurait produire de nouveaux dieux, paradis, démons, les interdictions, et commandements ainsi qu’Anciens et Nouveaux Testaments.»

Rien ne commence et rien ne finit avec nos vies. Tout ce qui existe dans l’univers est relié par des liens non perceptibles, mais non moins puissants pour autant. J’aime bien observer le phénomène dans le déroulement du quotidien, il y a plus d’une raison pour s’enthousiasmer.

Dernièrement je fus émue, comme beaucoup d’entre nous, par l’information circulant sur la destruction difficilement explicable de plusieurs monuments classés patrimoine de l’humanité et anciens de 3000 ans. Bien qu’il s’agisse d’une perte importante nous touchant tous, cet épisode n’arrêtera pas l’élan de la vie. Bien loin de là! Peu de temps après, toujours dans l’actuel mois de mars, d’autres nouvelles ont laissé irradier l’espoir. Voici un exemple : grâce au télescope spatial Hubble, le monde a pris connaissance que Ganymède, la plus grande lune de Jupiter, a un océan souterrain d’eau salée pris sous une couche de glace plus grande que tous les océans de la Terre ensemble. D’une profondeur de 100 kilomètres, dix fois plus que ceux de la Terre, il est enfermé sous une chape de 150 km de glace. Un beau cadeau, cet océan lointain, si l’on croit à la pensée de Hermann Hesse : «chacun de nous est constitué par la totalité du monde ».

D’épilogues qui donnent lieu à des naissances. Une porte se ferme et une autre s’ouvre. Il y a l’aube et le coucher du soleil. Dans cet éventail de possibilités, je préfère laisser mon imaginaire à la rencontre du mystère…

Carte de Ganymède

Carte de Ganymède

Dans leur livre L’univers de la possibilité, les auteurs Rosamund Stone Zander et Benjamin Zander, respectivement thérapeute et directeur de l’Orchestre philharmonique de Boston, il est question de l’importance d’être en harmonie avec l’état des choses. Dans l’un des chapitres ils relatent la rencontre avec Jane Goodall, figure de première importance pour son aide humanitaire à travers l’organisation Roots and Shoots, son étude du comportement des chimpanzés, ainsi que la création de sanctuaires, réserves naturelles en Tanzanie et ailleurs en Afrique.

Dans le cadre du State of the World Forum à San Francisco, la conférence de Madame Goodall avait captivé l’audience. Elle avait dressé une description complète de la situation – le carnage, la dégradation de l’environnement, le braconnage – favorisant toujours une réflexion éloignée de tout jugement, mais plutôt empreinte d’une empathie sincère, autant pour les faits joyeux que pour les atrocités. Selon les Zanders : «Le pouvoir transcendant de Jane Goodall émanait de l’harmonie dans laquelle elle vivait avec le monde tel qu’il est, sans y opposer la moindre résistance.»

Pour les auteurs, le fait d’être en harmonie avec l’état des choses mène à l’épanouissement de nos meilleures ressources intérieures. Si cela n’est pas toujours aisé à réaliser, au moins l’exercice permet d’accéder à un vaste univers de possibles et est l’occasion unique de transformation personnelle, organisationnelle et collective. C’est une proposition intéressante. Et selon moi dans le registre d’un perpétuel work in progress comme tout ce qui touche à l’expérience personnelle et intérieure, car finalement il s’agit de notre façon d’interpréter la réalité et de vivre paisiblement dans notre quotidien.

Je finis mon billet sur une note gourmande et poétique. J’ai regardé dernièrement la collection 2015 de Tsumori Chisato. Ses robes sont ravissantes, on dirait des tableaux abstraits et je me suis souvenue de sa collaboration avec la célèbre Maison Laduree.

Tsumori Chisato, Collection 2015

Tsumori Chisato, Collection 2015

En 2012, pour commémorer le 150e anniversaire de l’entreprise, la Maison Laduree avait créé un événement comprenant l’édition limitée d’une boite dessinée et conçue par un créateur différent chaque mois de l’année. Je crois que ce fut au mois de mars que la plus poétique des créatrices japonaises, Tsumori Chisato, avait créé une boite au design charmant où il y avait un rappel de la saison des cerisiers en fleurs, remplie rien de moins que de macarons roses. Dès le 1er de chaque mois, les célèbres boites étaient distribuées autour du monde. J’ai malheureusement manqué la boite de Chisato; cela m’aurait plu de l’intégrer à ma collection. Mais, rien n’est vraiment perdu! Car je regarde avec sérieux ses robes que je trouve très inspirantes, comme de l’art à porter.

A suivre…

Tsumuri Chisato pour Laduree, 2012

Tsumuri Chisato pour Laduree, 2012

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