Hors normes

J’ai commencé à écrire l’article depuis plus de deux mois sans savoir quel angle d’analyse adopter pour apporter quelque chose de soi-disant plus frais au regard du marché de l’art. Des signatures iconiques associées à des valeurs surprenantes, on connait bien. Malgré cela, comment imaginer jusqu’où tout cela peut nous mener ? Dans ma condition de galeriste à Montréal, je crois que cette euphorie autour de l’art contemporain et le prestige qui lui est associé permettent un certain roulement de l’activité à d’autres niveaux.

Si dans les années 1980 la fourchette de prix était à 10 millions de dollars, dans les années 2000, la limite avait dépassé toutes les attentes avec 100 millions et au-delà. J’ai déjà lu que bientôt les expectatives de ventes vont se chiffrer dans le milliard. Donc nous ne sommes pas à l’abri de nouvelles surprises.

Je crois que nous nous rappelons tous, amateurs d’art et autres, de la commotion née lors de la vente de l’œuvre Sunflowers de Van Gogh en 1987. Ce fut le prix le plus élevé qu’une peinture n’avait jamais atteint : 25 millions d’euros. Aujourd’hui, cette valeur a été largement dépassée à maintes reprises. En 1987, au moment de la vente de l’œuvre de Van Gogh, c’était plus facile d’identifier un acheteur privé avec un tel pouvoir d’achat, ou peut-être, une riche institution, comme le Getty Museum. En 2015, le nom des acquéreurs évoluant dans le marché haut de gamme est passé d’un groupe restreint d’individus, à celui d’une nombreuse élite planétaire. Bien qu’il soit plus étendu qu’auparavant, ce marché haut de gamme se profile comme l’intérêt d’une infime proportion d’habitants parmi les milliards de personnes sur la Terre.

Les difficultés financières actuelles autour de la planète semblent se dresser en fort contraste devant les résultats issus du marché de l’art haut de gamme. Ou peut-être bien que l’illusion est que dans ce marché colossal se donnent rendez-vous une myriade d’intérêts autres que ceux de l’art. Pour les prochaines années, on prévoit une augmentation de l’activité de 20% annuellement. Rien de prouvé, mais c’est dans les possibilités.

Ce qui m’a fait revenir à l’écriture du billet sur le marché de l’art furent deux faits totalement à l’opposé : le chaos généré par les attaques terroristes dans le monde et la vente du tableau de Modigliani, Reclining Nude, de 1917-18, acheté en octobre dernier par un couple d’asiatiques. Liu Yiqian et son épouse ont dépensé pour plus de 175 Millions US, comprenant les frais, au moyen de la carte de crédit American Express, avec un financement à une année. L’idée des acheteurs était d’accumuler des milles pour voyager avec la famille. Liu Yiqian n’est pas à son premier achat avec une carte Amex. Plus tôt en 2015, il avait acheté une tasse du XVe siècle en céramique pour 34 Millions US. L’autre côté du chaos…

Modigliani, Reclining Nude, de 1917-18, Collection Liu Yiqian.

Modigliani, Reclining Nude, 1917-18, Collection Liu Yiqian.

Il y d’autres histoires incroyables mettant en vedette des œuvres de grande valeur. Je pense à cette controverse impliquant le milliardaire russe Dmitry Rybolovlev et l’homme d’affaires genevois Yves Bouvier. L’oligarque russe voulait se constituer la plus fabuleuse des collections d’art. Et quand je dis fabuleuse, je n’exagère pas : 37 œuvres de signatures très prestigieuses, dont Leonard Da Vinci, Picasso, Rodin, Modigliani, El Greco, Gauguin, Renoir, Matisse… À ce sujet, quelqu’un avait déjà commenté : «mieux que dans Le Louvre».

Bouvier trouvait les œuvres dans des collections un peu partout dans le monde et les vendait à Rybolovlev à des prix faramineux. Après plusieurs années à travailler ensemble, le collectionneur russe a accusé Bouvier d’escroquerie. Un scandale loin d’être fini : police, avocats, et beaucoup de bouleversements autour du pouvoir et de l’argent !

Dans cette histoire d’ «il me faut telle œuvre», Bouvier mentionne l’un des grands problèmes du marché de l’art : « Le commerce des œuvres d’art est le dernier marché non régulé du business mondial». Finalement, un collectionneur paie le prix maximal qu’il veut payer pour une œuvre, peu importe sa valeur. À suivre…

Revenons à l’art. Voici quelques notes sur la peinture, la grande vedette dans les ventes aux enchères.

Dans le podium des jeunes artistes nés dans les années 80, dite la génération montante, on trouve Oscar Murillo (1986). J’avais déjà écrit sur lui, un grand succès sur le marché de l’art ! Il y a aussi Tauba Auerback (1981). On se réfère à elle comme étant la meilleure réussite de l’année 2014, tout comme Murillo qui en deux et trois années est devenu «l’artiste du moment».

Parmi les jeunes artistes étoiles, je signale également David Ostrowski, Dan Rees, Lucien Smith, Jacob Kassay, Parker Ito. Des carrières surprenantes, tissées au fil de rencontres avec les bons collectionneurs, conservateurs, représentants de la presse, critiques d’art, etc. Bref, le maillage nécessaire pour bâtir une grande réussite en peu de temps. Cela dit, ils ont aussi beaucoup de talent!

Je vais revenir prochainement sur ces jeunes vedettes de l’art contemporain.

Pour conclure le billet d’aujourd’hui, j’ai choisi une œuvre de Tauba Auerback.

T. Auerbach, ColorAtlas

T. Auerbach, Color Atlas

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